Disparition d'Antonia Bosco et de Fadwa Souleimane

Les Itinéraires poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines viennent de perdre en deux semaines deux amies, deux grandes dames porteuses, chacune à sa manière, de combats et de poésie.

Disparition d'Antonia Bosco et de Fadwa Souleimane

vignette boscoAntonia Bosco

Par trois fois, la chanteuse et comédienne ANTONIA BOSCO a joué à la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines : Mon Pouchkine, d’après Marina Tsvetaïeva ; L’enfant des hautes vagues, d’après Marie-Aimée Lebreton, et Si je mourais là-bas…, avec des textes de Guillaume Apollinaire.

À chaque fois, son jeu tout en énergie, sa voix rauque et vibrante, et sa foi en la parole des poètes nous emportaient.

J’avais aussi eu le bonheur d’assister à une des représentations de son Stabat Mater Furiosa, un texte puissant de Jean-Pierre Siméon auquel elle s’était donnée entièrement, comme si sa vie en dépendait. J’ai vu et entendu aussi « son » Homme de la Mancha, L’inaccessible étoile, de Jacques Brel, dans lequel elle interprétait, avec la même passion, tous les personnages et toutes les voix.

Fadwa Souleimane, une voix inoubliable

vignette fadwaFadwa SouleimaneFadwa Souleimane

On ne garde pas les vivants avec les gardiens / on les garde avec les vivants / et on ne garde point les morts. À la pleine lune, traduit de l’arabe par Nabil El Azan, éd. Le Soupirail, 2014

FADWA SOULEIMANE avait été l’une des invitées de notre 4e Semaine des écrivains persécutés, emprisonnés et empêchés, spécial Syrie, en novembre 2014, aux côtés d’Aïcha Arnaout et d’Omar Youssef Souleimane.

Elle était arrivée en France depuis deux ans à peine. Son premier recueil de poèmes À la pleine lune, venait de sortir aux éditions du Soupirail. Avec dignité, elle avait parlé (alors en arabe, son français était trop balbutiant encore) de son parcours, de comédienne célèbre dans son pays devenue égérie d’une révolution pacifique étouffée dans le sang. Par la suite, par deux fois, à sa demande, j’ai eu l’immense bonheur de lire à ses côtés. À chaque fois, j’ai ressenti auprès d’elle cette douleur qu’elle portait en elle d’avoir dû laisser son pays et son enfant derrière elle, pour vivre et pouvoir continuer son combat pour la liberté d’un peuple qu’elle portait en elle.

En juin de cette année, les éditions Al Manar ont publié son second recueil : Dans l‘ obscurité éblouissante, traduction Sali El Jam, revu Ethel Adnan et Simon Fatal et Eugenie Paultre

Il est des voix qui ne peuvent s’oublier.

Mais il nous faut maintenant « porter les chagrins des départs » (Jacques Brel).

Jacques Fournier, directeur des itinéraires poétiques, août 2017